Valparaiso et Pablo, Santiago et ses barrios...

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Chili - Calama
de K et G, le 18-05-2007

Valparaiso et Pablo, Santiago et ses barrios...

Nous sommes arrives a Valparaiso apres 12h de bus, fatigues mais d'attaque pour decouvrir les rues de cette ville aux mille et une couleurs. Des facades a vous rapeller Salvador de Bahia... Cette ville est classee au patrimoine de l'UNESCO et doit son originalite a son etendue sur les colines alentours et ses nombreux funiculaires. Ceux-ci permettent d'aller et venir du centre, en contrebas, aux ruelles escarpees, jonchees sur les hauteurs de la cite.
Errer dans les rues, s'impregner de leur atmosphere, s'arreter pour admirer une fresque murale, contempler la vue sur le port, savourer l'ambiance d'un boui-boui populaire ou l'homme cravate et l'homme de chantier, son casque sous le bras, viennent chercher un peu de chaleur en degustant l'unique menu propose: une empanada de pino (sorte de tourte a la viande), une carbonada de vacuno (ragout) et une glace en guise de dessert. Pres du port, le marchand est heureux de vous faire decouvrir ce fruit de mer orange, a avaler tout cru. Vous aviez encore le gout de la glace a la fraise sur les papilles, mais comment refuser? Piocher encore par ci, et un p'tit peu par la, sans le savoir Valparaiso, ou Valpo pour les intimes, vous ouvre son rideau. Nous passions a cote de la "Sebastiana". Mais on ne sait pourquoi nous decidions de reporter la visite au lendemain.
A l'hotel, nous rencontrions un jeune francais. Cela fait 4 ans qu'il est "en voyage" comme il dit mais il semble plutot que la vie l'ait amene a voyager, a s'enfuir peut-etre... Il dormait le jour, et la nuit pendant que nous dormions, il se levait pour peindre, fabriquer des bijoux; art que lui ont enseigne les gens de la rue a qui il doit tout comme il dit. Ce jeune, a force de "voyages" en avait oublie son francais et parlait couramment espagnol et portugais. Il tenait un discours qui nous donnait l'impression qu'il n'avait plus de reperes. Bien qu'il riait beaucoup, nous pouvions percevoir une enorme souffrance en lui. Quand nous sommes arrives dans le dortoir le soir, il nous a fallu ouvrir la fenetre. Oui, il oubliait aussi de se laver. Des 4h du matin, il s'est mis a fouiller dans le dortoir, a la recherche de sa veste bleue. "Je ne sais plus si je l'ai perdue a l'hotel ou quand je suis alle jouer dans la rue il y a 2 jours" a -t-il dit plus tard a Kindie. Nous ne savons pas s'il a retrouve sa veste depuis notre depart, ce que nous savons c'est qu'au petit dejeuner, en discutant avec lui, nous decouvrions une personne intelligente, pleine de sensibilite et surtout un ecorche vif assoiffe d'amour mais malheureusement livre a lui-meme.
Ce matin la, comme nous l'avions decide la veille, nous allions visiter la Sebastiana (maison de Pablo Neruda), mais avant nous faisions un saut sur le net. Un de nos amis nous envoyait deux magnifiques poemes de son auteur prefere: Pablo Neruda. Sacre coincidence, non? Et dans la serie des coincidences ou non, voici ce qui suivit: nous attendions l'ouverture de la Sebastiana assis sur les marches d'entree d'une ecole a environ 100m de la. Au loin, deux personnes entrent. "Tiens le musee est ouvert!", s'exclame Guillaume. Le jardinier nous fait signe d'attendre, pose son tuyau d'arrosage par terre et s'avance vers nous: "le musee ouvre dans 10 minutes."
_ Ah d'accord, nous pensions qu'il venait d'ouvrir car nous avons vu des gens entrer.
L'homme a baisse le son de la radio qu'il avait dans sa poche et s'est mis a chuchoter a travers les barreaux du portail, comme pour nous livrer un secret.
_ Ces gens que vous venez de voir sont Marie Martner Garcia et le docteur Velazco. Ils etaient des amis tres proches de Pablo Neruda. Peut-etre que vous aurez la chance de leur parler?
Dans ses yeux transparaissait toute son admiration pour ces personnes et il nous encourageait a essayer de les aborder.
Nous avancions et prenions nos tickets d'entree. Le livre de Marie Martner, "50 ans de travail en pierre et cristal" reposait sur le comptoir, alors que la vieille dame souriante discutait avec les personnes de l'accueil. Nous le feuilletions et commencions a discuter avec elle. Marie Martner, artiste mais aussi grande amie de Pablo Neruda a vecu 30 ans, avec son epoux, le docteur Velazco, au rez-de-chaussee de la Sebastiana. Alors que Pablo acheta cette maison, il proposa a ses amis d'acheter le rez-de-chaussee car elle etait trop grande pour un seul homme.
_ Senora, si vous deviez donner une caracteristique de Pablo, que diriez-vous?
_ C'etait le plus grand ami qui existe. Il a fait beaucoup pour les pauvres et il les comprenait car il savait ce qu'etait la faim.
Apres quelques minutes de discussion, elle nous offrait son livre. Nous demandions une dedicace et c'est alors qu'elle nous fit entrer dans la salle ou se trouvait son mari.
_ Francisco, je te presente Kindie et Guillermo, de France". Francisco nous serre chaleureusement la main. Il est docteur de profession mais avant tout ecrivain et peintre. D'ailleurs aujourd'hui, il est la pour preparer l'exposition de demain;
exposition sur le patrimoine de Valparaiso a travers des portraits de personnes qui ont fait beaucoup pour la ville, sur le plan culturel.
_ Si vous deviez decrire Pablo en une phrase, que diriez-vous?
_ Il marchait toujours tres lentement, mais il etait sans cesse en activite. Il avait besoin d'etre entoure d'amis. Il ne mangeait jamais seul et a sa table il y avait souvent une dizaine de personnes.
Nous admirions les portraits qu'il avait faits, notamment ceux de Pablo et Marie, a tout age.
C'est avec une grande simplicite, caracteristique de ces deux personnages, qu'ils ont ecrit la dedicace suivante sur la premiere page de "notre" livre: pour nos nouveaux amis francais, affectueusement.
_ Et comment avez-vous rencontre Pablo?
_ Nous etions invites chez un ami commun. La premiere fois que je l'ai vu je l'ai trouve froid, un peu distant, repond Francisco. Puis il poursuit: "le lendemain, mon ami m'appelle et me dit que Pablo veut venir manger a notre table. Et c'est en partageant un bon poisson que nous sommes devenus amis".
Nous allions ensuite visiter l'interieur de la maison des 3 artistes, veritable chef-d'oeuvre, des peintures des plafonds par Francisco, au sol et aux murs recouverts "des pierres de Marie" (titre d'un poeme que Pablo a ecrit pour elle), aux objets du monde entier que notre poete disparu mais bel et bien immortel, a ramene de ses voyages. Malheureusement les photographies n'etaient pas autorisees. Nous n'allons pas vous faire la bibliographie de Pablo Neruda mais voici quelques points essentiels qui permettent de cerner un peu le personnage:
Pablo est ne au Chili en 1904. A 13 ans il publie ses premiers poemes. Il etudie la langue et la litterature francaise, dont il est passionne, a l'universite. A 19 ans, il publie son premier livre. A 23 ans, il devient consul a Yangoon. Suivront Calcutta, Buenos Aires, Colombo, Madrid, Jakarta. Il etait membre du parti communiste chilien, mais aussi membre du conseil mondial de la paix a Paris et il obtint d'ailleurs le pris international de la paix en 1953. En 1969, son parti l'avait designe comme candidat au presidentiel mais il refuse et devient embassadeur en France. En 1971, il fut Prix Nobel de litterature. Il s'eteint en 1973, annee ou Pinochet fait son coup d'etat et prend le pouvoir du Chili pour 17 annees de dictature sur un peuple qui vous parle de cette periode avec des larmes plein les yeux.
En sortant, nous allions remercier notre jardinier-messager.
_ Nous avons eu beaucoup de chance! Nous avons pu echanger avec Marie Martner et le docteur Velazco pendant une heure!" A dit Guillaume.
_ Vous savez, les gens que vous venez de rencontrer font partie de l'Histoire. Les mains que vous avez serrees ont serre celles de Pablo Neruda. C'est la bonne fortune!
Avant de partir, nous faisions faire un petit tour de funiculaire a Charlie, il adore ca!
Nos sacs recuperes, nous disions "au revoir" a Valpo et partions pour la capitale, Santiago du Chili, a seulement 2h de bus.
Quand nous ecrivions cette newsletter, cela faisait deux jours que nous sillonions a pied les rues de Santiago, du quartier des affaires "las condes", que nous avons rejoint en metro en passant par le quartier Providencia jusqu'au barrio Bellavista, le quartier de la boheme avec ses maisons en couleurs et ses musiciens de rue. Cette capitale compte 5 millions d'habitants, c'est-a dire un tiers de la population du Chili! Nous habitions un hotel dans le barrio Brasil (quartier Bresil). Dans le centre de Santiago, le 13 mai, jour de la fete des mamans au Chili, nous avons eu le plaisir d'assister a la releve de la garde sur la Plaza Constitucion et a un concert special fete des meres donne par l'orchestre national du Chili sur la Plaza de Armas, la plus celebre place de la capitale (cf. videos). Nous avons goute aux specialites du pays dans le mercado central: un excellent "reinata" (c'est un poisson) et une paella de fruits de mer. Puis nous avons pris nos desserts, le gateau nomme "ricota con arandano" accompagne d'un bon cafe, dans une patisserie, en ecrivant ces lignes...
Le lendemain, nous allions a l'ambassade de France pour etablir nos procurations pour les legislatives a venir et nous nous envolions dans l'apres-midi pour Calama, au nord du Chili.
Bientot, vous decouvrirez les 3 jours inoubliables que nous avons passe a San Pedro, dans le desert d'Atacama...

Voici les deux poemes de Pablo Neruda que nous envoyait notre ami, le matin ou nous allions visiter la Sebastiana:

Je prends congé, je rentre
chez moi, dans mes rêves,
je retourne en Patagonie
où le vent frappe les étables
où l'océan disperse la glace.
Je ne suis qu'un poète
et je vous aime tous,
je vais errant par le monde que j'aime :
dans ma patrie
on emprisonne les mineurs
et le soldat commande au juge.
Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines
de mon petit pays si froid.
Si je devais mourir cent fois,
c'est là que je voudrais mourir
et si je devais naître cent fois
c'est là aussi que je veux naître
près de l'araucaria sauvage,
des bourrasques du vent du sud
et des cloches depuis peu acquises.

Qu'aucun de vous ne pense à moi.
Pensons plutôt à toute la terre,
frappons amoureusement sur la table.
Je ne veux pas revoir le sang
imbiber le pain, les haricots noirs,
la musique: je veux que viennent
avec moi le mineur, la fillette,
l'avocat, le marin
et le fabricant de poupées,
Que nous allions au cinéma,
que nous sortions
boire le plus rouge des vins.

Je ne suis rien venu résoudre.

Je suis venu ici chanter
je suis venu
afin que tu chantes avec moi.

Pablo Neruda, extrait de "El Canto General".

Et ce fut à cet âge... La poésie
vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d'où
elle surgit, de l'hiver ou du fleuve.
Je ne sais ni comment ni quand,
non, ce n'étaient pas des voix, ce n'étaient pas
des mots, ni le silence:
d'une rue elle me hélait,
des branches de la nuit,
soudain parmi les autres,
parmi des feux violents
ou dans le retour solitaire,
sans visage elle était là
et me touchait.

Je ne savais que dire, ma bouche
ne savait pas
nommer,
mes yeux étaient aveugles,
et quelque chose cognait dans mon âme,
fièvre ou ailes perdues,
je me formai seul peu à peu,
déchiffrant
cette brûlure,
et j'écrivis la première ligne confuse,
confuse, sans corps, pure
ânerie,
pur savoir
de celui-là qui ne sait rien,
et je vis tout à coup
le ciel
égrené
et ouvert,
des planètes,
des plantations vibrantes,
l'ombre perforée,
criblée
de flèches, de feu et de fleurs,
la nuit qui roule et qui écrase, l'univers.

Et moi, infime créature,
grisé par le grand vide
constellé,
à l'instar, à l'image
du mystère,
je me sentis pure partie
de l'abîme,
je roulai avec les étoiles,
mon coeur se dénoua dans le vent.

Pablo Neruda, mémorial de l'île Noire, 1964


Bilan du grand jeu des explorateurs:

Dimanche 13 mai sonnait la fin du grand jeu des explorateurs. Merci a tous ceux qui ont participe! Votre enthousiasme en ce qui concerne la protection de l'environnement nous a marques. On voit que les generations futures sont porteuses d'espoir pour la planete.
Les dialogues entre Kindie et Guillaume furent a mourir de rire et on se demande bien ou vous allez chercher tout ca ;-)
Charlie, quant a lui, se sent pousse des ailes tant vous l'avez encourage! Un coin coin de sa part!
Les recettes sont un delice a savourer sans attendre la faim.
Pablo Neruda serait la, il feliciterait la graine de poetes qui est en vous. Oui vos poemes etaient croustillants!
Certaines de vos caracteristiques nous ont aussi faits beaucoup rire.
Nous encourageons les personnes qui ne l'auraient pas encore fait a lire ces beaux textes, disponibles sur la page "a vous de jouer!" du site.


De grosses bises a tous nos lecteurs!

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